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Un jésuite
cardinal
*
Le Père Albert Vanhoye
nous parle de la prière

 

Jésuite, le Cardinal Vanhoye a enseigné l’exégèse du nouveau Testament à l’Institut biblique pontifical de Rome. De longues années secrétaire de la commission biblique pontificale, il a été l’un des grands inspirateurs de deux documents qui prolongent le travail du Concile : l’interprétation de la Bible dans l’Église (1993) et Le Peuple juif et ses saintes Ecritures dans la Bible chrétienne (2001).

Il a publié son dernier ouvrage en français : « Le don du Christ. Lecture spirituelle », chez Bayard, collection Christus en mars 2005 (240 pages, 19,80 €).

Dans cet ouvrage, le Père Vanhoye, qui est considéré comme l’un des meilleurs connaisseurs de l’épître aux Hébreux, nous introduit à une lecture spirituelle du mystère du Christ, tel qu’il peut être perçu dans la prière.

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jesuites.com est heureux de vous faire lire deux extraits de ce très beau livre.

 

Extrait 1
“ La prière filiale de Jésus ”
p. 21-22

La multiplication des pains

Dans l’ épisode de la multiplication des pains, la prière d'action de grâces, ou de bénédiction, se présente à première vue comme un fait ordinaire de la vie quotidienne. Avant de manger, les Israélites avaient l'habitude de bénir Dieu pour la nourriture. Plusieurs, probablement, prononçaient la formule courante de manière plutôt distraite et machinale. L'attitude prise par Jésus, les yeux levés vers le ciel, montre que, pour lui, il ne s'agissait pas d'une formule récitée distraitement, mais d'une vraie prière, d'un contact authentique avec Dieu. Cette attitude rappelle la phrase du psaume :« Vers toi, j'ai les yeux levés, qui te tiens au ciel » (Ps 123,1).

Le point le plus important, cependant, n'est pas celui-là. Regardons les circonstances de cette action de grâces. Ce ne sont pas des circonstances d'abondance, mais, au contraire, de pénurie, de disette. Normalement, l'action de grâces se situe dans un contexte d'abondance, quand rien ne manque, quand tout est prêt pour une fête. Ici, au contraire, tout manque, ou, plus exactement, il y a une disproportion alarmante entre le peu de ressources disponibles et les besoins énormes. Pour nourrir une foule de plusieurs milliers de personnes qui se trouvent dans une région déserte, à une grande distance de toute habitation, Jésus a cinq misérables petits pains ou galettes. « Qu'est-ce que cela pour tant de monde !» a fait remarquer un disciple réaliste (Jn 6,9). Apparemment, il n'y a donc pas lieu de se réjouir. Ce serait plutôt le moment de se lamenter, de gémir, de se décourager, de se rebeller contre Dieu. De fait, durant l'Exode, une situation de ce genre provoquait les lamentations, l'exaspération, la rébellion (cf: Ex 16,2-3 ; Nb 11,4-6). Dans une telle situation, Jésus, au contraire, prend les cinq pains, lève les yeux vers le ciel et bénit le Père céleste. Il ne se plaint pas de ce qu'il n'a pas ; il rend grâces pour ce qu'il a reçu, et ce contact reconnaissant avec Dieu son Père débloque la situation. Jésus est remonté jusqu'à la source de tout bien. « Tout don excellent, toute donation parfaite vient d'en haut et descend du Père des lumières » (Jc 1, 17). Par la reconnaissance. Jésus a ouvert la voie à la bonté divine, qui donne à tous avec abondance : tous mangèrent à satiété et, après le repas, on ramassa beaucoup de restes.

Si, au lieu de nous lamenter de ce que nous n'avons pas, nous rendions grâces à Dieu pour ce qu'il nous a donné, en beaucoup de circonstances notre situation serait changée, transformée, et nous pourrions, avec la grâce généreuse de Dieu, faire des choses merveilleuses. La fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres, la bienheureuse Jeanne Jugan, en est un exemple parmi d'autres. À une personne qui s'émerveillait de son succès (partie de rien, elle avait réussi à secourir des milliers de personnes âgées), elle déclarait : « J'ai été bénie, parce que j'ai toujours beaucoup remercié la Providence. » Elle avait imité l'action de grâces de Jésus avant la multiplication des pains et avait réalisé ensuite des choses surprenantes avec l'aide du Père céleste.

Un autre trait doit être mis en relief. De quoi, exactement. Jésus rend-il grâces dans cet épisode ? D'avoir lui-même quelque chose à manger ? C'est la situation habituelle. Nous rendons grâces pour la nourriture que nous mangeons. Mais ce n'est pas le point de Vue de Jésus. Il n'a pas demandé les pains pour lui-même, mais pour les distribuer aux autres. Aucun évangéliste ne dit que Jésus ait mangé ; tous disent qu'il a donné les pains, qu'il les a distribués. Il rend donc grâces à Dieu, non d'avoir quelque chose à manger, mais d'avoir quelque chose à donner. Le Père céleste est celui qui donne ; Jésus rend grâces au Père pour la possibilité qu'il a de s'associer au mouvement du Père, à l'action généreuse du Père. « Père, je te rends grâces pour ces pains que tu as mis entre mes mains, afin que je puisse, en les distribuant, participer ainsi à ta vie d'amour et de don. » L'attitude de Jésus diffère beaucoup de notre attitude intéressée. Nous nous emparons des dons de Dieu et demandons toujours d'autres dons pour nous-mêmes. Jésus voit, dans les dons de Dieu, la possibilité de donner aux autres et il rend grâces en s'abandonnant avec confiance à la générosité du Père.

Extrait 2
“ La prière des chrétiens dans l’épître aux Hébreux ”
p. 41-42

Quelle doit être la prière des chrétiens ? Que nous dit sur la question l’Épître aux Hébreux ?
Bien entendu, nous ne trouvons pas dans cette épître un exposé méthodique sur la prière chrétienne, encore qu’elle nous fournisse de précieuses indications.
Pour commencer, l’auteur invite les fidèles à la prière de contemplation. Dans deux passages, nous lisons une exhortation explicite dans ce sens, et dans deux perspectives différentes. Cela constitue, à mon avis, un aspect original de la prédication de l’auteur, sans parallèle dans le Nouveau Testament.

La contemplation de Jésus vivant

La première invitation à la contemplation chrétienne se trouve au début du chapitre 3. S’adressant aux fidèles l’auteur leur dit : “ Frères saints, vous qui avez en partage une vocation céleste, fixez bien votre regard sur Jésus, apôtre et grand-prêtre de la foi que nous professons : il est digne de foi pour celui qui l’a constitué... ” Dans ce texte, il s’agit incontestablement de la contemplation chrétienne, parce que l’auteur n’appelle pas l’attention sur une idée abstraite, sur quelque vérité métaphysique, mais sur la personne de Jésus ; il invite à regarder Jésus. Cette contemplation, remarquons-le, ne se réfère pas à la vie terrestre de Jésus, n’implique pas un retour au passé, mais concerne la situation actuelle de Jésus. Les fidèles sont exhortés à contempler le Christ glorieux, jouissant de sa gloire devant Dieu qui l’en a jugé digne. La phrase suivante évoque la gloire du Christ, supérieure à celle de Moïse. Cette orientation vers le Christ glorieux est une attitude spontanée de l’auteur, qui commence chaque partie de son discours par une contemplation du Christ dans sa gloire actuelle. La situation religieuse du chrétien se définit avant tout par sa relation avec le Christ tel qu’il est maintenant, c’est-à-dire avec le Christ vivant, avec le Christ ressuscité et glorifié, intronisé à la droite du Père ; et la prière chrétienne doit avant tout raviver cette relation, la rendre plus consciente : “ Fixez bien votre regard sur Jésus... ”

Cette prière contemplative est d’une importance fondamentale pour la vie chrétienne ; elle est d’une inépuisable fécondité. Quel fruit en espère l’auteur ? En premier lieu, un renforcement de la foi : le Christ ressuscité est reconnu “ digne de foi ”. Il a droit à notre adhésion sans réserve : “ Puisque nous avons un grand-prêtre souverain qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la profession de notre foi ” (He 4,4). En second lieu, la contemplation du Christ glorifié produit une autre forme de prière, que nous pouvons appeler la prière de l’écoute. En effet, l’auteur joint directement son invitation à la contemplation à une exhortation à l’écoute, employant les paroles du psaume 95 : “ Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs ” (He 3,7-8 ; Ps 95,7-8). Ces paroles sont répétées à trois reprises pour marquer les trois subdivisions d’une longue exhortation.

La contemplation du chrétien n’est par conséquent pas destinée à demeurer passive : elle n’est pas une attitude de spectateurs, sans engagement. Bien plus, la contemplation de la gloire du Christ nous rend attentifs à un appel qui nous met en mouvement et produit la docilité active ; nous rend plus conscients de notre “ vocation céleste ” (He 3,1) ; nous invite à entrer dans le royaume de Dieu sans retard. La même relation contemplation-écoute est perçue dans l’épisode évangélique de la transfiguration : Pierre, Jacques et Jean eurent le privilège de contempler la gloire divine du Christ, mais ils furent invités à passer de la vision à l’écoute : “ Survint une nuée qui les prit sous son ombre, et de la nuée partit une voix : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le!” ” (Mc 9,7). L’auteur de l’épître adopte la même perspective.

 

 

Pour en savoir plus :

> Benoît XVI crée Albert Vanhoye cardinal

> Bibliographie du Père Vanhoye

> Recension du livre "Le don du Christ"

> "L'autre évangile" (Ga 1, 6-7) par le P. Vanhoye

> "La réception dans l'Église de la Constitution dogmatique Dei Verbum", par le P. Vanhoye

> Acheter le livre "Le don du Christ"

> Le site de le revue Christus