Retour à la page d'accueil
devenir sj > ils ont prononcé leurs premiers voeux
spiritualité
C'est quoi ?
Ignace de Loyola
François-Xavier
Exercices Spirituels
compagnons
Communautés
Rencontres
Portraits
Nos 5 préférences
devenir sj
Récits
Jeunes jésuites
Vocation
Noviciat
Les derniers nés
missions
Culture
Jeunesse
Sciences
Vie spirituelle
Foi et justice
Hors frontière
Eglises
histoire
Chronologie
Par thèmes
Jésuites du XXe
Saints
sites internet
Jésuites
Chrétiens
Surprises
Site du mois
forums

Nous écrire

 

25 octobre 2008
premiers voeux de 4 jésuites français

Eglise Saint Ignace, Paris.
Homélie du Père Dumortier, Provincial de France
(Lectures bibliques Phi 3, 8-14 - Ps 39 - Lc 5, 1-11)


C’était un jour… un jour parmi d’autres… un jour comme d’autres… un jour que rien ne semblait devoir distinguer des autres. Mais, pour trois hommes – Simon, Jacques et Jean – ce jour fut unique, marquant dans leurs vies un avant et un après ; en effet, ce fut le jour où, laissant là barques et filets, ils s’en allèrent vers l’inconnu… Ce fut le jour où, quittant tout, ils se mirent à suivre celui que Simon appelle « Maître » et « Seigneur »… Ce fut le jour où, ayant entendu l’appel de Jésus : « avance en eaux profonde », ils comprirent que c’est au large que Dieu les menait. Et ce récit de Luc n’est pas simplement la relation d’un événement extraordinaire : une pêche incroyable qui change la vie de trois hommes… Il a aussi valeur de parabole pour nous.

"Je suis l’aîné d’une famille bretonne (près d’Hennebont) de trois garçons, trois footballeurs (plus ou moins doués). A la fin de mes études d’ingénieur (ENSAM), la lecture d’un livre de François Varillon « Joie de croire, joie de vivre » m’a permis d’avancer sur beaucoup de questions que je me posais. Je me suis aperçu que ce que je vivais dans ma relation à Dieu, ce que disaient des théologiens et des philosophes et ce qui était révélé dans la Bible étaient liés. C’était mon premier contact avec la Compagnie de Jésus...

Un jour, une dizaine d’années après la lecture du livre de François Varillon, j’ai senti plus fortement qu’auparavant le désir d’aller plus avant, de me risquer dans une voie qui m’attirait. J’aime ce dicton breton « Qui écoute trop la météo passe sa vie au bistrot ». Ce dicton me parle d’autant plus que j’ai passé mon enfance dans le café familial. J’ai décidé de franchir le pas."

Ce jour-là, la foule se pressait autour de Jésus, désireuse de l’entendre parler et prête à s’ouvrir à la Parole de Dieu. C’était la foule d’alors et c’est la foule de toujours – ces hommes et ces femmes qui ont faim et soif des mots qui parlent de Dieu et qui parlent de l’homme, que ne satisfont ni les chiffres qui prétendent à la vérité ni les discours tout faits de ceux qui croient savoir parce qu’ils refusent de s’interroger et de chercher. Ce sont les foules d’hier et ce sont les foules d’aujourd’hui, en attente d’une parole qui fasse son chemin jusqu’en leur cœur ; ce sont ces foules que Jésus nous demande de regarder et d’aimer, d’écouter et de servir, nous qui, comme « compagnons de Jésus », désirons être « serviteurs de la mission du Christ ».

Il y avait aussi ces deux barques vides, amarrées au bord du lac… ces hommes fatigués qui reviennent d’une nuit de pêche infructueuse et qui laissent Jésus s’installer dans leur barque. Jésus prend place… et cette place devient celle d’où il parle et enseigne, où il agit comme le Maître qui intervient dans la vie de Simon, Jacques et Jean en leur demandant de faire ce qui dément leur expérience la plus récente : jeter les filets là précisément où ils n’avaient rien pris. Ils n’ont pas d’autre choix qu’obéir ou refuser, consentir ou récuser. Chacun de nous – et surtout aujourd’hui chacun de vous – Vincent, Jérôme, Claude et Romain – se souvient du moment où il a laissé le Christ monter dans la barque de sa vie, non comme un passager occasionnel ou un invité temporaire, mais pour y rester et demeurer. Il n’y a pas le lieu de Dieu et le lieu de l’homme, le sacré qui serait le propre du divin et le profane qui serait vide de Dieu ; il y a cette barque, faite de mains d’hommes, où Dieu se fait l’hôte imprévu, le compagnon de voyage, le Maître qui connaît le chemin… Et chaque existence humaine devient Terre Sainte de par la présence de Dieu à chaque instant de la vie.

"Je me suis intéressé assez tôt, étant adolescent, à l’actualité ; aussi vers la fin de mon lycée, alors que j’étais arrivé à Paris après les années clermontoises, j’ai songé aux métiers du journalisme dans la presse écrite. J’ai obtenu une licence d’Histoire, à une époque où l’appel à accomplir l’évangile d’une manière personnelle a commencé à germer, sans que je ne sache trop dire pourquoi : une question intérieure, pas oppressante mais insistante, par petites touches : « Le Christ auquel d’autres t’ont éveillé dans ta jeunesse, à quelle place le mets-tu aujourd’hui ? », mêlée au désir d’ « aider les âmes » (comme allait me le proposer Ignace de Loyola) avant de continuer mes études à Sciences Po Paris.

La question intérieure est allée croissant, et la rencontre des jésuites, par le biais de l’aumônerie de Sciences Po, fut un tournant. Sans me brusquer, le Christ a entretenu la question intérieure et m’a indiqué un chemin à choisir : demander humblement à rejoindre ces compagnons, profondément libres, vivant de cet « aller-retour permanent » entre le monde tel qu’il est et Dieu fait homme, témoignant que nous ne pouvons vivre que du pardon et de l’amour que nous accueillons de Lui."

Il y a cette parole du Christ : « avance en eau profonde et jetez vos filets ». Pour obéir à la parole de Jésus, toute surprenante et déconcertante qu’elle soit, il faut préférer ce qu’il dit à ce que peuvent suggérer l’expérience et le bon sens. Chacun sait qu’un jour la parole de Dieu peut faire irruption dans sa vie. Abraham entendit : « quitte ton pays, pour le pays que je t’indiquerai »… Samuel, au cœur de la nuit, entendit le Seigneur l’appeler par son nom… Simon entendit Jésus lui dire : « avance en eau profonde ». Et si nos oreilles ne sont pas sourdes, si nous consentons à incliner l’oreille de notre cœur, la Parole de Dieu nous arrache à nos pesanteurs et à nos inerties, et nous tourne vers l’avenir à regarder et à accueillir comme le temps même de Dieu. « Avance en eau profonde » peut ainsi résonner comme : livre-toi sans crainte au chemin qui s’ouvre… Vis ton attachement au Christ avec la liberté profonde d’un cœur qui ne mesure pas sa confiance… Donne-toi dans cette expérience de Dieu qui ne demande rien d’autre que ce « oui » risqué à la manière de Marie, ce « oui » pleinement « oui », c’est-à-dire sans limite et sans réserve. Alors, tu pourras dire avec les mots du Psalmiste :
« Tu ne voulais ni offrande, ni sacrifice : tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocaustes ni victimes ; alors j’ai dit : ‘voici, je viens’. »

Et l’incroyable se produit : le poisson est si nombreux que les filets craquent et que les barques enfoncent… L’eau profonde n’était pas vide, la confiance n’a pas été vaine, la parole du Christ a eu son efficacité au-delà des doutes et perplexités. Et c’est alors que nous comprenons que la relation au Christ a une dimension qui excède tout ce qui semble mesurable ou prévisible : nous sommes au large des rivages et des repères habituels ; nous sommes au grand large, là où souffle et nous emporte l’Esprit de Dieu. L’effroi peut nous saisir. Et ce peut être le cas lorsque nous prononçons ces voeux qui ne s’appuient pas sur nos forces mais sur la grâce de Dieu. Alors la parole de Jésus à Simon résonne jusqu’à nous : « sois sans crainte ». Et à travers ce que nous ressentons et éprouvons, il nous est donné de vivre à nouveau la nature paradoxale du Royaume de Dieu – vulnérable et indestructible, désarmé et triomphant, insaisissable et partout présent.

"Après toute mon enfance passée en Auvergne, je suis parti à Laval pour apprendre le métier d’ingénieur en informatique et électronique. Pendant ces études, j’ai été renouvelé dans ma foi, notamment à travers le renouveau charismatique. J’ai eu alors le désir grandissant de connaître Jésus et de le suivre. Je me suis tourné vers un jésuite, ami de ma famille, pour m’aider à vivre ma foi. J’étais touché par la qualité de son écoute, sa disponibilité et l’attention qu’il portait aux autres. Sa profonde humanité et son fort attachement à Jésus-Christ m’attirait. C’était pour moi un premier contact avec la Compagnie de Jésus.

Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de découvrir la spiritualité ignatienne en étant animateur d’équipe dans le MEJ (Mouvement Eucharistique des Jeunes). La vie d’équipe visait à aider les jeunes à faire le lien entre la foi et la vie, à reconnaître que les éléments de la vie quotidienne peuvent être le signe de la présence du Seigneur. Cette expérience m’a marqué, je trouvais dans la spiritualité ignatienne une profonde unité et cohérence."

Alors, nous comprenons ce que dit l’Epître aux Philippiens : tout peut être considéré comme second, négligeable, inutile en regard de ce bien qu’est la connaissance du Christ. A cause du Christ, tout est relativisable et relativisé, car il y a désormais au centre de l’existence une présence qui s’impose comme le cœur brûlant d’une vie. En effet, tout ce qui tient et retient empêche de s’élancer vers le Seigneur pour dire : « je te donne ce qui était mien afin que tu deviennes mon unique bien ». Et pourtant, on ne dédaigne rien, on ne méprise rien, on ne nie rien en se tournant vers le Christ : on désire seulement laisser le Seigneur devenir tout, devenir tout en toute chose, devenir tout en tout être. Et ce désir ne vit et ne grandit que dans le dénuement d’un coeur qui cherche Dieu.

Vincent, Jérôme, Claude et Romain, en ce jour où vos prononcez ces vœux de pauvreté, chasteté et obéissance et où vous vous engagez à entrer dans la Compagnie pour les vivre toute votre vie, que ces textes que vous avez choisis vous accompagnent. Oui, « avancez en eau profonde ». Il faut larguer les amarres et quitter les rivages anciens pour tout recevoir du Christ. Oui, désirez ardemment et intensément Le connaître pour davantage L’aimer, pour mieux Le servir et pour vous laisser saisir par Lui intérieurement. Oui, que le Seigneur vous donne de devenir chaque jour davantage « compagnons de Jésus » dans cette humilité du coeur et de l’intelligence qui permet de Le chercher et de Le reconnaître, de Le rejoindre et de Le suivre là où Il demeure et là où Il nous conduit, au cœur de notre humanité et aux frontières de notre monde.

 

François-Xavier Dumortier, s.j.

 

 

 

 

 

Voir aussi :


Prier devant le Christ
avec saint François-Xavier

Et encore :

> Le noviciat
> La formation d'un jésuite
> Le premier cycle
> Les derniers voeux d'un frère

> Vidéos jésuites sur la vocation