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25 octobre 2008 Eglise Saint Ignace, Paris.
Ce jour-là, la foule se pressait autour de Jésus, désireuse de l’entendre parler et prête à s’ouvrir à la Parole de Dieu. C’était la foule d’alors et c’est la foule de toujours – ces hommes et ces femmes qui ont faim et soif des mots qui parlent de Dieu et qui parlent de l’homme, que ne satisfont ni les chiffres qui prétendent à la vérité ni les discours tout faits de ceux qui croient savoir parce qu’ils refusent de s’interroger et de chercher. Ce sont les foules d’hier et ce sont les foules d’aujourd’hui, en attente d’une parole qui fasse son chemin jusqu’en leur cœur ; ce sont ces foules que Jésus nous demande de regarder et d’aimer, d’écouter et de servir, nous qui, comme « compagnons de Jésus », désirons être « serviteurs de la mission du Christ ». Il y avait aussi ces deux barques vides, amarrées au bord du lac… ces hommes fatigués qui reviennent d’une nuit de pêche infructueuse et qui laissent Jésus s’installer dans leur barque. Jésus prend place… et cette place devient celle d’où il parle et enseigne, où il agit comme le Maître qui intervient dans la vie de Simon, Jacques et Jean en leur demandant de faire ce qui dément leur expérience la plus récente : jeter les filets là précisément où ils n’avaient rien pris. Ils n’ont pas d’autre choix qu’obéir ou refuser, consentir ou récuser. Chacun de nous – et surtout aujourd’hui chacun de vous – Vincent, Jérôme, Claude et Romain – se souvient du moment où il a laissé le Christ monter dans la barque de sa vie, non comme un passager occasionnel ou un invité temporaire, mais pour y rester et demeurer. Il n’y a pas le lieu de Dieu et le lieu de l’homme, le sacré qui serait le propre du divin et le profane qui serait vide de Dieu ; il y a cette barque, faite de mains d’hommes, où Dieu se fait l’hôte imprévu, le compagnon de voyage, le Maître qui connaît le chemin… Et chaque existence humaine devient Terre Sainte de par la présence de Dieu à chaque instant de la vie.
Il y a cette parole du Christ :
« avance en eau profonde et jetez vos filets ».
Pour obéir à la parole de Jésus, toute surprenante
et déconcertante qu’elle soit, il faut préférer
ce qu’il dit à ce que peuvent suggérer l’expérience
et le bon sens. Chacun sait qu’un jour la parole de Dieu
peut faire irruption dans sa vie. Abraham entendit : « quitte
ton pays, pour le pays que je t’indiquerai »…
Samuel, au cœur de la nuit, entendit le Seigneur l’appeler
par son nom… Simon entendit Jésus lui dire : « avance
en eau profonde ». Et si nos oreilles ne sont pas
sourdes, si nous consentons à incliner l’oreille
de notre cœur, la Parole de Dieu nous arrache à nos pesanteurs
et à nos inerties, et nous tourne vers l’avenir à
regarder et à accueillir comme le temps même de Dieu. « Avance
en eau profonde » peut ainsi résonner comme :
livre-toi sans crainte au chemin qui s’ouvre… Vis ton attachement
au Christ avec la liberté profonde d’un cœur qui ne
mesure pas sa confiance… Donne-toi dans cette expérience
de Dieu qui ne demande rien d’autre que ce « oui »
risqué à la manière de Marie, ce « oui »
pleinement « oui », c’est-à-dire
sans limite et sans réserve. Alors, tu pourras dire avec les
mots du Psalmiste :
Alors, nous comprenons ce que dit l’Epître aux Philippiens : tout peut être considéré comme second, négligeable, inutile en regard de ce bien qu’est la connaissance du Christ. A cause du Christ, tout est relativisable et relativisé, car il y a désormais au centre de l’existence une présence qui s’impose comme le cœur brûlant d’une vie. En effet, tout ce qui tient et retient empêche de s’élancer vers le Seigneur pour dire : « je te donne ce qui était mien afin que tu deviennes mon unique bien ». Et pourtant, on ne dédaigne rien, on ne méprise rien, on ne nie rien en se tournant vers le Christ : on désire seulement laisser le Seigneur devenir tout, devenir tout en toute chose, devenir tout en tout être. Et ce désir ne vit et ne grandit que dans le dénuement d’un coeur qui cherche Dieu.
Vincent, Jérôme, Claude et Romain, en ce jour où vos prononcez ces vœux de pauvreté, chasteté et obéissance et où vous vous engagez à entrer dans la Compagnie pour les vivre toute votre vie, que ces textes que vous avez choisis vous accompagnent. Oui, « avancez en eau profonde ». Il faut larguer les amarres et quitter les rivages anciens pour tout recevoir du Christ. Oui, désirez ardemment et intensément Le connaître pour davantage L’aimer, pour mieux Le servir et pour vous laisser saisir par Lui intérieurement. Oui, que le Seigneur vous donne de devenir chaque jour davantage « compagnons de Jésus » dans cette humilité du coeur et de l’intelligence qui permet de Le chercher et de Le reconnaître, de Le rejoindre et de Le suivre là où Il demeure et là où Il nous conduit, au cœur de notre humanité et aux frontières de notre monde.
François-Xavier Dumortier, s.j.
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |